Peinture

Peinture

Yannick Rolandeau

 

 

Il y aurait beaucoup à dire sur la peinture et la sculpture. Sur leur passionnante évolution et histoire respectives. La recherche à tout prix de la nouveauté (modernité?) a jeté l'art contemporain dans une impasse et une sécheresse au point que je me demande jusqu'où pourra-t-il aller dans cette course à l'incompréhensible. Certes, cela n'a pas favorisé ce qu'on appelle "le grand public" à s'intéresser davantage à l'art. On organise de grandes messes médiatiques autour de quelques peintres, de véritables shows où il devient impossible de voir un tableau en toute tranquillité. Le Centre Georges Pompidou a cru bon devenir la vitrine officielle de cet art obsédé par la nouveauté.  Réduire un courant artistique à un concept comme l'a voulu l'art appelé justement conceptuel me semble réducteur au plus haut point sur ce qu'une oeuvre d'art peut apporter. Nicolas de Staël éclaterait de rire et il est vrai qu'il vaut mieux en rire. 

C'est peu de le dire, mais l'art de peindre a évolué. Le premier signe artistique nous vient de loin, il y a 19 000 ans, voire plus. Irrémédiablement, l'homme veut inscrire une trace de lui-même, par exemple ici, une empreinte sur un objet. Au fond, ce n'est que cela pourrait-on dire schématiquement. Même la photographie, le cinéma y participitent. Yves Klein ne fut pas le premier.

Grotte de Lascaux

Puis l'homme s'est mis à reproduire ce qui l'environnait, ses habitudes de vie, ses occupations quotidiennes. La longue marche vers le réalisme commencait.

 

Les artistes ont inventé beaucoup de choses pour reproduire avec exactitude, la réalité. La découverte de la perspective a bouleversé les règles. C'est par l'Islam, le traité d'Alhazen (c. 965-1038) que les sciences antiques sont retransmises au Moyen Age. Même la traduction latine d'Euclide a été faite de l'arabe dès le XIIe siècle par Adelard De Bath. Robert Grossetête (1175-1253), évêque de Lincoln, Roger Bacon (c.1270), Vitellion (c.1270), John Peckham (c.280) traitent des questions de perspectives en reprenant les doctrines islamiques. La séparation entre art et science est alors totale. Ce n'est qu'au XIVe siècle (écoles du Nord), puis au XVe siècle que la jonction s'établit avec Ghiberti et Alberti. Des peintres comme Francesca (1469), Léonard De Vinci (1492), Viator (1505),  Dürer (1525), Vignole (1530-1540), Serlio (1545), Barbaro (1559), Cousin (1560) appliquent les lois des mathématiques à la peinture.  Voici celle de A. Dürer au seizième siècle mais aujourd'hui, il ne s'agit plus de reproduire cette même réalité. Picasso et les cubistes ont voulu justement cassé cette reproduction en trois dimensions si chère aux anciens pour revenir aux surfaces planes. Encore aujourd'hui, leurs peintures ne sont pas totalement comprises et admises.  

A. Dürer

La perspective est une rationalisation du mécanisme de la vision afin de retranscrire la réalité objective. Si cette recherche était d'actualité à cette époque, l'est-elle encore maintenant? Il faut dire que la tyrannie du réalisme photographique y ait pour beaucoup. Dans la publicité, il n'est question que de reproduire fidèlement la réalité et rien d'autre. L'individu est dépossédé de sa créativité, l'appareil est devenu le maître à penser, "appuyez et c'est tout!"

 

 

Jean François Niceron s'intéressa à la perspective et à ses déformations.

 

Nous voyons ici une anamorphose cylindrique.

Archimboldo, peintre étonnant, qui a eu l'idée ingénieuse de peindre des portraits avec des natures mortes (ici des légumes pour évoquer le printemps).

Un étrange tableau de l'école de Fontainbleau qui joue sur plusieurs plans m'a toujours fasciné. On a l'impression d'une représentation théâtrale dont le rideau levé ne lève justement pas le mystère.

 

Gabrielle d'Estrées et une de ses soeurs (auteur inconnu)

Extraordinaire Brueghel!

Tzvetan Todorov a écrit un bel ouvrage sur les peintres hollandais du XVIIe intitulé "Eloge du quotidien". Mis à part Vermeer, très connu, il y en a d'autres comme Pieter Van Hooch. Ces peintres retracent la vie quotidienne de leur époque où pour la première fois des personnages ordinaires ont le droit de figurer sur un tableau. C'est un monde plus mystérieux qu'il n'y paraît, néanmois apaisé, immobile où le temps est suspendu. Eloge de la clarté et de la lumière chez l'un, éloge de l'indécision et de la pénombre chez l'autre, perfection de la perspective chez tous ces peintres. Van Hooch, lui, évoque beaucoup le monde de l'enfance. On a souvent un monde rassurant donnant grâce à une porte ou une ouverture sur l'extérieur, plus inquiétant, plus soucieux.

Pieter Van Hooch Mère et enfant

Un détail d'un tableau de Zurbaran.

Ah! Fragonard! Il a une place à part dans ma collection particulière et imaginaire pour sa légereté, son érotisme et l'une de ses oeuvres les plus célèbres " Le Verrou" reste un des tableaux que je préfère. Une pomme. Un verrou. Un lit. Un couple. Le tableau est séparé deux par une diagonale qui va de la pomme jusqu'au verrou distinguant une zone d'ombre et une zone lumineuse. Tout est dit.

Fragonard Le Verrou

 

Un autre tableau pour ceux atteints de puritanisme, un tableau que ses propriétaires successifs (Lacan entre autres) ont toujours dissimulé derrière un autre tableau, avec panneaux coulissants. Certes, le sujet ne fait pas de doute. Courbet cherchait à aller le plus loin possible dans la démystification du corps féminin, dans son combat contre le kistch de l'époque. Il y a encore même des zones tabous que je ne nommerai pas. Par contre, même aujourd'hui, le corps masculin lui reste encore caché (pour ne pas dire tabou) et n'a pas droit aux mêmes égards. Bacon a tout de même abordé le sujet.

Gustav Courbet "L'origine du monde

Philip Wilson Steer (1860-1942) "Jeune femme sur la plage"

Justement. Le voilà! Ce peintre anglais qui provoque ou l'admiration ou le rejet est un des plus importants du XXe siècle. A notre époque où la publicité idéalise le corps jusqu'à la mystification, Bacon nous rappelle brutalement que nous sommes des êtres de chair et de sang. Il peignait souvent en s'inspirant de photographies. Le tour de force est que l'on reconnaît les personnes dans ses portraits. Jusqu'où un visage est-il reconnaissable malgré les déformations que lui fait subir le peintre? Qui y'a-t-il d'authentique dans un visage? C'est unique dans l'art du portrait. A lire un livre sur les portraits préfacé par Milan Kundera.

Francis Bacon

 Nicolas de Staël propose une autre solution, entre abstraction et  figuration. C'est un des peintres que j'admire le plus. Pour son élégance, sa force. Son travail sur la peinture, la matière elle-même.  

Nicolas de Staël

 Zoran Music commence à être connu et c'est tant mieux. J'avais découvert un de ses tableaux à Beaubourg et il m'avait beaucoup ému. Le sujet n'est certes pas très gai, les camps de concentration avec ses corps décharnés. Cette évocation de la fragilité humaine est poignante et nous rappelle la nature éphémère de notre condition, englué que nous sommes dans la tragédie de l'Histoire.  

Zoran Music "Nous ne sommes pas les derniers"

J'en ai oublié. Beaucoup. Piero Della Francesca, Bosch, Brueghel, De Vinci, Van Eyck, Rembrandt, Vermeer, Monet, Caillebotte, Pierre Bonnard, Seurat, Renoir, Macke, Rodin, Brancusi, Picasso, Vieira Da Silva, Modigliani, Paul Klee, Giacometti, Eugène Leroy, Fautrier, Roman Cieslewiz (collage).... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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