Littérature

Philippe Muray

Yannick Rolandeau

Le mythe de la désincarnation

Extrait de Exorcismes spirituels IV

FRANÇOIS L’YVONNET : Vous portez un jugement sans appel sur la pensée franaçaise contemporaine, dans l'ensemble arrogante et indigente, seul Jean Baudrillard semble faire exception. Qu'est-ce qui justifie un tel traitement de faveur  ? En quoi ses thèses nous (vous) aident-elles à penser notre époque (par exemple, concernant la dissolution de la réalité – par la réalité intégrale –, ce qui rejoint votre propre manière d'envisager ce qui succède au réel, à savoir un parc d'attractions » pour mutant heureux, pour homo festives) ?

PHILIPPE MURAY : Juste un petit rectificatif avant de vous répondre. J'avais parlé de parc d'abstractions, non d'attractions, ce qui serait banal, pour désigner l'espèce de bonheur recomposé et aussi purement conceptuel, nettoyé des contradictions du passé, donc également de ce qu'on appelait la réalité, qui est l'idéal auquel semble partout travailler la civilisation actuelle, même quand elle entreprend d'imposer la démocratie à coups de bombes à des populations déviantes ou récalcitrantes. I.e parc d'abstractions'mondialisé, c'est aussi bien les baraquements miteux de Paris-Plage que l'instauration d'une démocratie préventive et imaginaire en Irak ; aussi bien la comédie actuelle autour du mariage homosexuel sur la base d'une exigence de justice et d'« égalité » devenue folle, engagée dans un renchérissement sans fin, que d'autres phénomènes tout aussi caricaturaux comme le passage à l'acte mythomaniaque, cet été, de la fameuse Marie-Léonie dans le RER D ou comme celui de ce jeune crétin qui signait Phinéas et qui est allé peindre des croix gammées dans un cimetière juif pour se faire reconnaître en tant qu'ennemi des Arabes, ce qui constitue une manière inédite d'accélérer encore la folie générale, d'en rassembler la quintessence dans une simulation explosive, de la transformer en destin par une bouffonnerie supérieurement sinistre, et de changer la confusion ordinaire en extase criminelle. Tout cela, et bien d'autres choses encore, c'est ce qui se passe après la liquidation de la réalité, ou tandis que la réalité est en liquidation, en liquéfaction, tandis qu'elle se décompose ou se désincarne. Si le réel est passé au-delà de ses fins, si la réalité est « intégrale » comme dit aujourd'hui Baudrillard, si son principe est mort, alors on va assister de plus en plus à ce genre de pitreries plus ou moins atroces, à ces caricatures de parodies, à ces renchérissements sur la démence ambiante où plus personne ne s'y retrouvera, sauf comme d'habitude les moralistes, les consultants en expertise de la sociologie, de la philosophie, du CNRS, qui ne sont jamais à court d'« analyses » destinées à camoufler, sous des vestiges de « sens », l'état réellement hallucinatoire de la réalité. »

Maintenant, vous pensez bien que je ne me soucie pas d'accorder ou de ne pas accorder des « traitements de faveur » à qui que ce soit. Quelle faveur; d'ailleurs ? Il se trouve que je lis Baudrillard depuis un certain temps, très exactement depuis ma découverte de Simulacres et simulations, et que je ne saurais trop le remercier d'appliquer sans cesse sa réflexion à des objets concrets et à des événements puisés dans notre monde commun, qu'il s'agisse de Disneyland, du terrorisme, de la pornographie, des hypermarchés, de Warhol ou du 11 septembre, ce qui le différencie déjà grandement de la plupart des « philosophes ». Il est sûr que je lui dois beaucoup de choses, beaucoup d'éclairages sur des tas de phénomènes, même si mon mode d'expression est extrêmement éloigné du sien. Baudrillard, c'est la pensée la plus réjouissante, la plus vivante et la moins nihiliste que je connaisse. Quand survient tel ou tel de ces événements difformes que notre temps a le génie de propulser à jet continu sur le devant de la scène, comme autant de phénomènes de foire, je me surprends à me demander ce que Baudrillard en pense et à souhaiter qu'il en écrive quelque chose au plus vite. Je ne me demande cela, et je ne souhaite cela (bien au contraire !), de personne d'autre. Ce qui ne signifie pas que je sois souvent d'accord avec lui, mais l'accord ne m'intéresse pas. Je ne crois pas que nous ayons beaucoup plus en commun que l'univers très étrange qui nous entoure, et qui semble s'être livré corps et âme à une sorte de totalitarisme de l'entropie tout de même assez stupéfiant. Mais c'est déjà beaucoup, car il faut avoir déjà posé cet univers comme sujet, et personne ne le fait. »

Il est néanmoins évident que nous évoluons dans des sphères cognitives ou esthétiques très dissemblables, et que rapprocher celles-ci artificiellement n'aurait pas grand sens, ni pour l'un ni pour l'autre. Mais enfin la pensée de Baudrillard, pour parler simplement, est sans nul doute la plus libre, et peut-être la seule vraiment libre, que l'on puisse trouver actuellement en France. Il est d'ailleurs bien normal que, pour cette raison, elle suscite à intervalles réguliers des prurits d'hostilité ou d'indignation de la part de tous les calotins de la modernité, dans la mesure où il a le génie, chaque fois qu'il le faut, et d'une manière d'autant plus délectable et surprenante si l'on songe à l'espèce de quiétisme philosophique et stylistique qui est le sien, de mettre les pieds dans le plat, dans tous les plats sacrés, qu'il s'agisse de la nullité perverse de l'art contemporain, de la gauche divine, de la première et de la seconde guerre du Golfe ou bien sûr du Barnum mondial, du Barnum absolu, du Barnum des Barnums, de l'événement pur selon lui que constitue le 11 septembre. Je n'ai certes pas la même interprétation que lui de l'événement (notamment parce que je pense que l'Occident est trop mort pour ne pas avoir déjà remporté la victoire sur ceux qui voudraient le tuer) ; mais que la sienne (comme j'espère la mienne) se situe en dehors de toute considération morale, en dehors de toute dimension pathétique, la fait déjà résonner comme un tocsin au milieu des prosternations, et la pare d'une vérité proprement jubilatoire qui ne peut être qu'insupportable aux fabricants de catéchismes modernes. Sans compter qu'il y trouve l'éclatante confirmation de ce qu'il décrit depuis des années : cet affrontement dissymétrique mais tenace entre la puissance mondiale et des singularités souterraines. Entre l'Empire et le terrorisme. Entre l'Occident unique et universel et une multiplicité de refus de celui-ci, d'ailleurs plus ou moins antagonistes ou contradictoires. Entre le Bien impérial et le Mal increvable, quoique disloqué et éparpillé. Entre la prétention d'intégration et d'innombrables forces désintégrantes. Entre le Total et ses parasites. Entre la fin de l'Histoire effective mais niée par ses tueurs mêmes et l'Histoire qui refait quand même surface partout, comme une mauvaise herbe, sous des formes convulsives et maléfiques, à la façon dont Freud disait que les dieux des religions mortes reviennent toujours dans les nouvelles religions mais sous forme de démons. Entre la réalité intégrale et les convulsions du réel. Le Nouvel Ordre orthodoxe, dominateur et bienveillant, hanté par les hérésies qu'il ne peut pas ne pas susciter, comme saint Antoine est assailli par les diables, les chimères et les monstres, par toutes les bêtes furieuses, archéologiques, surgies de la nuit des temps, c'est au fond un « tableau » que Baudrillard n'a cessé d'explorer dans ses anciens livres, comme guidé par l'intuition qu'on ne pouvait qu'en arriver à l'effondrement des Twin Towers (on trouve même dans Les Stratégies fatales, publié en 1983, à propos de New York et de son aspect « cataclysmogène », l'expression « Tower lnferno »). Baudrillard, c'est d'abord une pensée exceptionnelle en ce sens qu'elle vit à la même époque que l'époque, ce qui lui permet de la précéder sans cesse, d'extrémiser ce dont elle parle, de pousser toutes choses vers leur dénouement, en tout cas de les encourager dans les possibilités qu'elles recèlent, même les pires, surtout les pires. Si l'univers est liquidé, allons plus loin que ses liquidateurs et voyons ce que ça donne. Quel est le genre d'événements qui peuvent advenir après la tin des événements ? Quels sont les désordres qui peuvent sur-venir pendant la mise en ordre totale ? Par quelle porte revient la négativité quand on l'a chassée par la fenêtre ? Il me semble que c'est ce genre de questions qu'il se pose, et vous imaginez bien qu'elles trouvent en moi un certain écho... »

 F. L’Y  : Que pensez-vous de ce qu'il appelle le crime parfait », le meurtre de la réalité, qui est en même temps le meurtre de l'illusion. Croyez-vous qu'if aura, à un moment donné, un contre-transfert massif contre l'intégrisme total de la réa lité qui, dit-il, n'est méme plus objective puisqu'il n 'y a plus d'objet ?

Ph. M.: Je crois que Baudrillard a découvert quelque chose de très profond quand il a suggéré que criminel » et « perfection » étaient synonymes, ou que la perfection c'est le crime, un crime évidemment impuni puisque personne ne peut être contre la perfection. Et pourtant, c'est le pire des crimes. C'est le crime des crimes. C'est la solution finale du négatif, dans lequel loge l'illusion vitale. C'est le crime contre l'humanité commis par l'humanité même pour se débarrasser d'elle-même en totalité, s'expulser d'un décor invivable puisque parfait. C'est ce que nous voyons tous les jours, à tous les niveaux, dans toutes les circonstances de la vie quotidienne, dans toutes les entreprises de prévention des catastrophes ou d'avortement des attentats avant qu'ils n'arrivent. La prophylaxie, c'est la politique de perfection intégrale. La prophylaxie intégrale, c'est la mort. L'humanité avançait dans le brouillard, et c'est pour cela qu'elle avançait. On a dissipé le brouillard, ou du moins on s'y emploie, comme on s'emploie à tuer le secret, inséparable de la séduction, comme on a tué la vie quotidienne par des méthodes de traçabilité » systématique, comme on a tué la vie sexuelle en obligeant tout un chacun à savoir s'il jouit, à en avoir une idée claire, calculée, mesurée, et aussi à avoir une idée claire, calculée et mesurée de la jouissance de son partenaire, ce qui est la meilleure manière d'effacer toute jouissance. »

On a dissipé le brouillard. On a dissipé le secret. « L'enfer est né d'une indiscrétion », disait Céline. L'indiscrétion totale, c'est l'enfer moderne, avec son ersatz de plaisir sous forme d'exhibition obligatoire. Mais l'exhibitionnisme, qui a partie liée avec la perfection, c'est l'antagoniste absolu de la séduction. C'est pour cela que l'exhibitionnisme plaît tant. C'est qu'il permet, par son hvperréalisme, d'en finir avec les chinoiseries fatigantes de la séduction, avec les incertitudes, avec les règles du hasard et du jeu, avec l'illusion et avec l'imprévisible qui fausse toujours tous les calculs (il y avait de cela dans la théologie de la grâce en tant qu'in( on nue perturbant à l'improviste les aventures humaines). Le succès d'un livre comme La vie sexuelle de Calherine M. pourrait être compris dans cette optique, comme un soulagement : on peut s'adonner au stakhanovisme sexuel, ce qui est « moderne », donc bien et correct, et dans la bonne ligne des libérations encouragées, sans se soucier un seul instant de plaire ; du coup le sexuel devient rationnel, communautaire, égalitaire, citoyen » pour ainsi dire, et intégral lui aussi, expurgé de tout Mal. Il pourrait y avoir demain (il y aura, n'en doutons pas) du sexuel de rue comme il v a du théâtre de rue, ce serait la même chose, c'est-à-dire rien.

Le festif généralisé tel que je l'ai décrit, c'est aussi la volonté d'en finir avec les fêtes. On voit partout la Perfection devenue Crime travailler à établir la symétrie parfaite, l'égalité intégrale et démentielle (entre les sexes notamment) ; ou la Santé travaillant à éliminer tous les vices ; ou la justice outrepassant ses limites et imposant des décrets tellement fous, tellement justes, tellement plus justes que justes, qu'ils deviennent de nouveaux crimes et cle nouvelles persécutions. Si les effets meurtriers de la canicule de l'été 2003 ont été perçus comme les fruits de l'incurie du gouvernement, c'est aussi au nom de cette perfection : puisque l'Etat prétend s'occuper de tout, puisqu'il est la Providence incarnée, il doit être capable de prévoir et de prévenir un fléau climatique, et même peut-être de le faire reculer, de le dissuader d'avoir lieu. »

La perfection n'est pas de ce monde, disait-on jadis ? Eh bien si, elle doit l'être, nous le voulons, nous allons la faire advenir, nous en avons les moyens techniques et autres ! Nous avons tous les moyens de faire enfin coïncider notre idéal et les apparences par éradication de l'illusion afin d'instaurer une nouvelle ère de positivité totale. Le monde réel. L'ennui, c'est que le monde n'est jamais moins réel que quand on le déclare réel ; ou il l'est trop; il est passé au-delà, dans un super-réel inhabitable, un réel dépassé comme on parle de coma dépassé, un ultra-réel sans accidents, sans catastrophes, sans surprises mauvaises ou bonnes, sans personne ; ou avec des gens si métamorphosés qu'ils ne seront même plus capables de se rendre compte de la métamorphose. Tout cela me rappelle Vialatte racontant qu'un beau jour un ami lui annonce : « Il vient de m'arriver une histoire vraie. » Impossible, commente Vialatte, d'abord il ne peut arriver que des histoires vraies, et en plus, à lui, il ne lui arrive jamais que des histoires fausses. Dans l'espèce d'histrionisme généralisé qui est la marque de notre époque, où le réel et l'illusion sont morts ensemble, où l'artifice et la réalité sont perdus, où le vrai et le faux n'ont plus cours, on commence à rencontrer, et on va rencontrer de plus en plus, des gens à qui il arrive des histoires fausses à hurler de vérité, comme cette Marie-Léonie du RER D encore une fois ; ou comme Michel Fourniret , le « monstre des Ardennes », qui s'est appliqué, quand il commettait certains de ses crimes, à tuer ses victimes selon les modes opératoires d'autres tueurs en série du moment, Emile Louis, l'adjudant Chanal, Francis Heaulme, et à déposer les cadavres dans les zones où ceux-ci opéraient, ce qui en fait à ma connaissance le premier tueur en série mimétique, le premier tueur-caméléon de l'histoire du crime, le premier tueur imitateur, le premier tueur-clone, le premier tueur (si je puis dire) bouffon d'autres tueurs et renchérissant sur leurs « exploits », et faisant en sorte que ses propres crimes vrais deviennent des crimes faux, c'est-à-dire vraiment parfaits.

Maintenant, est-ce qu'on peut envisager le renversement du processus de la perfection intégrale, c'est-à-dire du meurtre de la vie ? Est-ce qu'on peut revenir à l'imperfection, ou du moins (car elle est toujours là), est-ce qu'on peut imaginer que l'imperfection reprenne sa place, en quelque sorte, et rééquilibre la volonté de perfection qui se déchaîne et qui fait rage partout ? Baudrillard a l'air de penser que oui. Il a l'air persuadé qu'un système comme le nôtre, parvenu à une telle puissance, une telle souveraineté, ne peut que se retourner contre lui-même, à un moment ou à un autre, et se détruire, et que la totalité succombera sous la dualité qui la ronge. Mais au profit de qui, s'il n'y a plus personne, s'il n'y a plus de « sujets » pour penser un tel événement et en jouir ?...

F. L'Y. : Partagez-vous l'interrogation de Baudrillard Que faire après l'orgie ? » L'orgie, comme il le dit lui-même dans La Transparence du Mal, c'est le moment explosif de la modernité, celui de la libération dans tous les domaines. Il dit même qu'il faut se libérer de la libération (et donc de toutes les idéologies de la libération)...

Ph. M. : Oh oui : Il faudrait se libérer de la libération. Il faut se libérer de tout ça, de tout ce fatras, de tout ce radotage du moderne qui est à peine né d'avant-hier et qui pourrit déjà sur nous comme un catéchisme mal venu, mal conçu, mal pensé, édicté par de candides imbéciles. Le catéchisme, le vrai, avait mis pas mal de centaines d'années à devenir une ritournelle lassante. Le nôtre n'a même pas eu besoin de vingt ans potin n'être plus qu'une rhétorique gâteuse ânonnée par les journalistes « sociétaux de Libération et du Monde et par quelques hystériques de choc. Il faut se libérer de tout, c'est la seule chose concrète qu'il y a à faire, et en tout cas la seule positive et même « subversive » puisque les seules voix que l'on entend sont celles qui chantent la libération, les libérations, les merveilles de la libération. Se libérer de la libération exterminatrice. Se libérer de toutes les libérations terminales, de tous les harcèlements libératoires, pour retrouver enfin l'irréconciliable, le grand air, l'antagonisme, les antagonismes, l'obscurité merveilleuse du non-négociable, de l'incompatible, toutes ces choses que les hommes politiques, les médiatiques et les groupes de pression veulent régler, aplanir, supprimer comme s'il s'agissait de problèmes alors que c'est la vie même, et qu'en réglant tout ça ils tuent la vie, c'est-à-dire la singularité, le non-réductible, la non-équivalence, la dissymétrie.

Se libérer de toutes nos victoires, de notre refus de la résignation, de nos conquêtes sur le Mal, de notre accès à une sexualité libre, de la torture des loisirs, de l'incrédible bonheur des vacances, de l'exigence d'égalité devenue délire paranoïaque, de l'exigence de justice transformée en système de persécution, du paradis de l'information, du super-paradis de la communication. Se libérer du temps libre. Se libérer de la culture permanente et des artistes intermittents. Se libérer du changement. Se libérer de la transparence. Se libérer du Bien. Se libérer, se libérer de toute urgence de la parité. Se libérer des quotas, du métissage, de la réduction des écarts de rémunération entre les sexes, de la vaillante lutte pour une répartition équitable des tâches ménagères. »

Il faudrait pouvoir foutre tout cela en l'air, une bonne fois, il faudrait jeter tout cela par la fenêtre, virer la modernité, la balancer avec l'eau du bain de pieds progressiste sans cesse alimenté et réalimenté par les discours doucereux ou impérieux de tous les gardiens de l'escroquerie libératrice, et mettre au chômage les histrions-confiseurs qui passent criminellement leur temps à noyer sous des sucreries le fait, irréfutable mais invérifiable, que « l'homme est né non libre » et que « le monde est né non vrai, non objectif, non rationnel comme le dit énergiquement Baudrillard. »

Ce ne serait d'ailleurs pas encore si grave, que cette hypothèse soit irréfutable et invérifiable, mais le pire est qu'elle est insupportable, et que donc tout le monde préférera à jamais le bagne de la liberté et les contes de fées qui vont avec, le mythe des luttes » et des « combats », et en même temps l'invention ingénue, en douce, de nouvelles servitudes et de nouvelles persécutions.

On veut guérir l'homme de l'homme, c'est-à-dire le tuer. On désigne par des tas de noms des tas de maladies qu'il est urgent d'éradiquer comme la misogynie, le racisme, l'homophobie, le sexisme, la xénophobie, etc. ; mais quand on a fini cette énumération, quand on a additionné ces passions maléfiques et quelques autres, on s'aperçoit qu'on a plus ou moins dessiné, avec tous ces mots, avec tous ces maux, avec tous ces vices redoutables un bon-homme qui ressemble tout de même de très près à l'homme de Vitruve, l'archétype humain, je veux dire n'importe quel être humain rempli de mauvaises intentions (de bonnes aussi d'ailleurs), d'idées tortueuses, de passions négatives, de pensées équivoques, n'importe quel individu viable en somme, si tant est qu'il y en ait encore. On voudrait nous faire croire que la disposition naturelle et originelle de l'homme c'était la liberté (pourquoi pas la bonté ?), et tous les bons apôtres des mouvements libératoires se présentent comme des restaurateurs de cet état idéal. Mais dès qu'on passe au stade suivant, après l'orgie, après l'émancipation totale, on se retrouve comme par hasard exactement dans le contraire de l'émancipation et de la liberté. »

Après l'orgie, on v est maintenant, et c'est tout simple : c'est le contraire de l'orgie et c'est le contraire de la liberté. C'est l'apparition de nouvelles lois, de nouvelles régulations, de nouvelles normes plus étonnantes les unes que les autres et qui poussent à toute allure comme des plantes monstrueuses, comme une végétation des premiers âges. La liberté n'a pas duré longtemps, mais le nouveau régime de persécution qui se met en place emploie encore le langage de la libération. Il ne l'emploiera pas longtemps, d'ailleurs, juste le temps qu'il faudra pour être devenu irréversible. On reconstruit en toute hâte, avec des matériaux un peu frustes il faut le reconnaître, mais c'est parce qu'ils ont été redessinés et retravaillés sur logiciel, les échafauds, les gibets, les pals, les estrapades, les bûchers que l'on avait détruits pendant l'orgie, et personne n'a l'air de s'en étonner ou de s'en inquiéter. Les torturés, d'ailleurs, ne seront pas les mêmes qu'avant, alors tout va bien. Après l'orgie, ce qu'il y a encore de plus libéré ce sont les lois, c'est la loi et le désir de loi, mais basés sur des valeurs que notre temps impose comme des évidences de toujours ou des lois d'essence alors qu'il ne s'agit, comme à chaque époque, que de préjugés. Les anciens régimes autoritaires mettaient au-dessus de tout la nation, la race ou le peuple ; les nouveaux propagandistes des nouveaux totalitarismes diffus, non dirigés, non conscients d'eux-mêmes, mais tout aussi totalitaires que les précédents, mettent en avant la parité, l'égalité égalitaire, la nécessité de conquérir tous les jours de nouveaux droits particuliers, et c'est tout cela dont l'ère de la liberté a accouché. Elle accouche tout simple-ment d'un nouveau désir de servitude. »

Elle accouche de la vengeance aussi. De la volonté de vengeance des victimes, des êtres humains en tant que victimes constituées en groupes de pression d'une férocité inouïe et qui font régner ce nouvel ordre de la vengeance. Après l'orgie, c'est aussi bien après l'action, c'est-à-dire après l'histoire ; mais alors on voit apparaître une nouvelle forme d'action purement rhétorique, par exemple lorsque l'on entend quotidiennement et pathétiquement la victime dire qu'elle « se bat », qu'elle « va se battre ». Contre quoi et qui, puisque tout le monde est d'accord avec elle, que les médias lui tendent leurs micros, que le gouvernement est prêt dans la demi-heure à inventer une nouvelle loi particulière adaptée à son cas, et que les juges rendront leur verdict sous sa dictée ? La victime est une figure post-historique dans la mesure où son « combat » est intansitivé, autonomisé, et disproportionné de toute façon par rapport au responsable, au méchant, au coupable contre lequel elle « se bat » et qui ne fera jamais le poids face à son malheur célibataire, qui ne le comblera jamais assez (d'où aussi le sentiment de « frustration » rituellement exprimé par la victime lorsqu'elle juge, au sortir d'un procès, que le jugement n'est pas assez sévère, et il ne l'est jamais). L'activisme de la victime, par définition, ne peut plus s'arrêter parce que rien ne serait suffisant pour le rassasier (il en va de même de la rébellion du rebelle, de l'iconoclastie de l'iconoclaste, de la colère des catégories de population en colère, de la dérangeance des artistes dérangeants et de tant d'autres foutaises modernitaires). Après la libération, pour résumer, plus .personne ne supporte la liberté. »

F. L'Y.: Notre société, à force de produire de l'image, ne donne plus rien à voir (image sans traces, sans ombre, sans conséquences). C'est ce qu'il appelle l'« obscénité » (avec la disparition de la distance, du jeu,'de toutes les scènes). Notre monde, tel que vous le décrivez, dans son hyperfestivité, vous paraît-il pareillement obscène ?

Ph. M. : Oui, puisqu'il nous prive du faux comme il nous prive du Mal. Il nous prive du cérémonial, de la scène, de l'illusion, de la séparation. Il nous prive même des délices de l'aliénation ! Rien n'est plus cruel qu'un monde sans Mal. Rien n'est plus irrespirable qu'une société où les seules forces cohérentes poussent à la désaliénation. En ce sens, le monde post-historique et hyperfestif, pour employer ma propre terminologie, est véritablement révolutionnaire puisqu'il travaille à effacer toutes les spécialisations et à réunir les individus dans une sorte de sphère d'empathie monstrueuse et totale. Que ces individus, dans le même temps, soient aussi de plus en plus des marchandises n'a rien de contradictoire avec ce qui précède puisque, de cette façon aussi, s'accélère leur interchangeabilité. Je sais bien que les belles âmes voient une différence fondamentale entre la marchandisation des êtres humains et leur désaliénation, mais c'est parce qu'elles n'ont pas encore assez réfléchi, ni compris que quelqu'un ne se désaliène pas sans s'indifférencier, sans devenir interchangeable, c'est-à-dire sans perdre toute capacité de séduction, tout éclat, sans cesser de resplendir de la lumière noire d'avant les grands mouvements de libération. Qui pourrait désirer quelqu'un qui a perdu son ombre mais qui a gagné des tas de sosies ? Rien n'est moins érotique que la sexualité exhibée en gros plan. C'est comme une sorte de catastrophe nucléaire effaçant d'un coup tous les millénaires humains où le sexe a été une énigme, une souffrance, une conquête et un plaisir. Rien n'est plus anti-festif que le monde hyperfestif dans lequel, par-dessus le marché, des fêtes localisées, ponctuelles, ont pour mission de faire croire que tout n'est pas fête. Rien n'est pire qu'un monde entièrement positif, achevé, même plus rongé par du négatif, un monde entièrement férié, purifié de l'ouvré. De même, rien n'est plus asphyxiant qu'un univers où tout le monde est artiste, où tout le monde est musicien, comédien, plastitien, etc. Et là aussi, les artistes contemporains ont pour mission de faire croire que tout n'est pas art, et de nous empêcher de jouir, au moins, de l'immense théâtre de surenchère artistique vide et absurde qui nous entoure ordinairement. Ils surajoutent du simulacre à de la simulation, pour parler comme Baudrillard. Ils ont disparu et ils ne veulent pas disparaître. Ils gâchent, en perdurant avec leurs oeuvres désastreuses, le spectacle du désastre général. Ils produisent même du sens sans le vouloir, ce qui est un comble. Ils alourdissent l'espèce de mauvaise plaisanterie qu'est devenu le monde, comme dans un dîner quelqu'un qui expliquerait une blague lamentable que les autres ont déjà très bien comprise et qu'ils s'efforcent d'oublier.

La meilleure métaphore de l'obscénité hyperfestive, aujourd'hui, c'est le théâtre de rue dans quoi s'accomplit, après la mort du théâtre, la seconde vie du théâtre, sa vie d'après la vie, qu'on ne peut pratiquement pas distinguer de la vie « normale » puisque d'une part tout le monde a vocation à y participer, et que d'autre part il n'y a rien à voir puisqu'il n'y a même pas, de la part de ceux qui s'exhibent en tant que comédiens, le moindre embryon de commencement de volonté de produire de la différence et de l'illusion. Les troupes de théâtre de rue étaient en pointe, l'année dernière, dans le mouvement des intermittents, qui d'ailleurs va bien plus loin que les intermittents proprement dits et m'apparaît comme l'emblème de toutes les nouvelles « luttes », quelles qu'elles soient. Avec le théâtre de rue, on est vraiment au-dessous du degré zéro de l'art, et il est intéressant que le monde artistique actuel dans son ensemble, que tout le cimetière artistique s'indexe sur lui comme sur ce qu'on aurait trouvé de pire, de plus taré, d'encore plus mort que tout le reste de l'ossuaire. Il est intéressant aussi que cette nullité funèbre revendique haut et clair d'être subventionnée alors qu'en sortant dans la rue elle disparaît, elle s'abolit dans le reste du monde social. A ce compte, pourquoi n'importe quel passant ne revendiquerait-il pas d'être payé comme intermittent du spectacle ? Pourquoi n'importe quel badaud, n'importe quel automobiliste, n'importe lequel de ces excellents et talentueux animateurs spontanés de la rue que sont les quidams qui l'arpentent, n'aurait-il pas droit au statut magique ? Le théâtre, en sortant de ses quatre murs où d'ailleurs il ne se passait plus rien, a renoncé, de gré ou de force, à ses privilèges, comme les aristocrates la nuit du 4 août, et pourtant il réclame encore, et avec quels cris, d'être privilégié par rapport à un environnement humain dont pourtant il ne se différencie plus. »

C'est un peu l'inverse, et le symétrique, des homosexuels qui réclament les mêmes droits que les hétérosexuels parce qu'ils s'en différencient. Les artistes, qui ont tout renié du théâtre, réclament des droits supérieurs au commun des mortels parce que rien ne les en différencie plus. Que dirait-on d'un curé qui, après avoir clamé publiquement qu'il ne croyait plus en Dieu, exigerait de continuer à célébrer la messe et prendrait l'opinion publique à témoin de l'injustice dont il est la victime si sa hiérarchie manifestait quelque réticence à le laisser continuer d'exercer son sacerdoce ? D'ailleurs ce curé existe certainement à l'heure où j'écris, il doit être en train de saisir la Cour européenne des droits de l'homme. Il y a bien une avocate, tout récemment, qui s'est dressée contre le barreau qui l'accusait de mendicité parce qu'elle jouait de l'accordéon à ses heures perdues sur les marchés de Bergerac, de Périgueux ou de Libourne, et cette avocate, au nom de la liberté d'expression, a réclamé le droit d'être musicienne de rue en dehors de ses plaidoiries. Tout cela est évidemment très comique. Ce qui l'est moins, c'est ce que cela révèle : l'impossibilité, pour des individus de plus en plus nombreux, de jouer et de jouir avec les limites qui leur sont assignées (dans le cas des artistes c'est encore plus grave parce qu'ils ne peuvent et ne veulent même plus faire jouir les spectateurs à l'intérieur de ces limites et qu'ils réclament tout de même la qualification d'artistes, laquelle devient alors un pur et simple abus). Et comme la justice, en général, se couche devant leurs revendications, on assiste à un débordement de tout dans tout et en même temps à une disparition. Le théâtre de rue qui envahit l'espace public parce qu'il est en deuil du théâtre et de la scène répand son art perdu dans l'espace public en se racontant sans doute qu'il va le transfigurer et l'artistifier, mais il achève de s'y anéantir en même temps qu'il dissémine le deuil de son art partout. »

 Ces choses-là sont indicibles parce qu'on n'arrête pas de nous répéter que la culture c'est bien, c'est le Bien, et qu'il faut toujours plus de fête et de bonheur et qu'ainsi le Mal reculera indéfiniment. A ce stade, l'artiste qui ne peut plus rien sur l'illusion participe à la monstrueuse conspiration contre le Mal qu'est notre époque et se proclame gravement investi d'une mission sur le réel, une mission médicale, thérapeutique, une vocation de « pansement social », un rôle « citoyen » de rafistoleur du « lien » humain. C'est le dernier échelon dans la descente de l'art vers l'obscénité pure par abandon de toute visée artistique et esthétique, impuissance à conserver même le souvenir de leur énergie, qui était nécessairement immorale, et par suicide dans la moralité, dans la responsabilité sociale, dans les conduites « citoyennes », dans les abîmes du Bien.

 L'hyperfestivisation, c'est cela aussi, l'art répandu partout et qui peut se répandre partout parce qu'il a été « guéri » de tout ce qui faisait son charme, sa fourberie essentielle, son ambiguïté, son immoralité. C'est l'apothéose du Bien devenu obèse et obscène quand il ne comprend plus le Mal, à tous les sens du terme comprendre. Le Mal se désincarne tandis que le Bien devient obèse comme ces obèses américains, justement, dont Baudrillard a parlé (mais aujourd'hui ils sont également, et de plus en plus, français) dont les corps redondent et prolifèrent dans toutes les directions par-delà toute idée de séduction, dans une sorte de parodie de l'exigence de croissance où nos sociétés se sont piégées, dans une singerie monstrueuse de notre idéal de progrès. Il faut de plus en plus de culture, d'art, de Bien, pour mettre fin à l'univers et à ses duplicités.

F. L'Y. : Baudrillard parle d'un « au-delà de la fin » : « Au-delà de la fin s'étend la réalité virtuelle, l'horizon d'une réalité programmée dans laquelle toutes nos fonctions, mémoire, affect, intelligence, aussi bien que la sexualité et le travail, deviennent progressivement inutiles. Au-delà de la fin, à l'ére du transpolitique, du lranseslhétique, du transsexuel, toutes nos machines désirantes deviennent de petites machines spectaculaires, puis tout simplement des machines célibataires, à la Duchamp, épuisant leurs possibilités dans le vide. Le compte à rebours, c'est le code de disparition automatique du monde. » Comment reliez-vous cette idée avec celle que vous développez concernant l'« après-Histoire »

Ph. M.: Je ne me sens franchement pas obligé, encore une fois, de « relier » mes pensées à celles de Baudrillard et vous aurez remarqué que je parle peu des miennes parce que c'est de Baudrillard qu'il est ici question, pas de moi. J'essaie donc plutôt de dériver à partir de ses propositions, à partir de ses concepts et de son langage, qui ne sont pas les miens mais envers lesquels j'éprouve depuis longtemps une grande sympathie intellectuelle, et de voir comment ils m'enrichissent, et de voir aussi comment je pourrais éventuellement les enrichir. »

Votre question est celle de l'après. C'est une question épouvantable devant laquelle tout le monde recule, mais il se trouve que Baudrillard l'a traitée, qu'il la traite toujours, et que moi je la traite aussi, et que nous le faisons chacun à nos frais, sur des bases très différentes. L'idée de Canetti, qu'il cite souvent, selon laquelle il y aurait eu un franchissement, un passage « au-delà d'un certain point précis du temps à partir duquel « l'Histoire n'a plus été réelle », et qu'alors le genre humain, sans s'en rendre compte, « aurait soudain quitté la réalité », constitue une hypothèse fascinante qu'il faut opposer à tous les pathos de la libération, à tous les romantismes de la liberté indéfinie et de l'émancipation heureuse. Dans les deux cas, il y a l'idée d'un franchissement de frontière, mais ce n'est pas du tout la même. Des idéologies de la libération et de leurs effets, on peut parler comme de quelque chose de connu, en utilisant des mots rebattus depuis au moins deux siècles. De la post-Histoire, ou du post-réel, ou de l'escamotage du réel, ou de la réalité intégrale, ou du réel cessant d'être réel, on ne peut qu'étudier les symptômes, et encore, on n'est jamais certain de choisir les bons, ni d'avoir l'appareil langagier et cognitif adéquat. »

On est à peu près sûr, en revanche, de ne presque jamais réussir à se faire comprendre de personne (et peut-être même pas de soi-même) dans la mesure précisément où, si l'hypothèse du franchissement dont parle Canetti est juste, ceux à qui on s'adresse sont aussi passés au-delà mais sans s'en rendre compte, comme il le dit, et qu'il n'y a donc aucune raison pour qu'ils repèrent une différence ou s'étonnent d'un changement par rapport à ce qui était en deçà (en d'autres termes, si l'Histoire n'est plus historique, est-ce que l'humanité est encore humaine ?). Par-dessus le marché, ils ne se gênent pas pour vous rappeler, comme on tape du poing sur la table, que l'histoire c'est l'Histoire et que le réel c'est le réel. A moins qu'ils ne reconnaissent qu'en effet il se passe quelque chose, mais se répandent aussitôt, comme la plupart des sociologues ou des philosophes patentés, en âneries du genre : nous vivons dans une perte de sens global ; les grandes références normatives se sont brouillées ; c'est la logique de l'individu individualisé ; c'est l'influence de la télé-réalité, etc. On ne peut donc que tâtonner, multiplier les angles de vue, les comparaisons, les rapprochements, les théories, pour essayer de communiquer ce qui reste pour moi de l'ordre d'une sensation obscure mais tenace, la sensation qu'aux confins de l'Histoire l'humanité s'invente de toutes pièces une Histoire artificielle mais qu'il est interdit d'en parler (et c'est cela au fond mon sujet essentiel : le spectacle de l'espèce humaine affairée dans tous les domaines à une reconstruction impossible et comique). De toute façon, du moment que cette sensation d'une irréalité, d'un point de non-retour ou d'extase, d'un processus de décréation ou cle désapparition du réel, ou d'un évanouissement de l'Histoire, vous a envahi, vous ne pouvez plus jamais l'oublier ; et vous ne pouvez plus qu'essayer d'en poursuivre l'énigme d'une manière ou d'une antre : en y répondant par une grande construction métaphysique (ou pataphysique ?) radicale et extrémiste comme le fait Baudrillard, ou en essayant d'en dégager la comédie comme je tente de le faire.

Mais pourquoi seulement parler d'énigme ? II s'agit de bien plus et de bien pire, me semble-t-il, que d'une énigme. Il s'agit d'un mystère au sens ancien et fort, mais d'un mystère complètement nouveau dans lequel l'époque se résume et qu'elle met en oeuvre jour après jour. Je l'appelle, quant à moi, le mystère de la Désincarnation. »

 

Oeuvres de Philippe Muray

Jun 11, 2006 by Laoreet

 

  • Une arrière-saison, Flammarion, 1968 (texte de jeunesse que Philippe Muray ne reprenait pas dans sa bibliographie)
  • Au cœur des Hachloums, Gallimard, 1973
  • Chant pluriel, Gallimard, 1973
  • Jubila, Seuil, 1976
  • Céline, Seuil, 1981 (réédition Denoël, 1984 ; réédition Gallimard, « Tel », 2001)
  • Le XIXe siècle à travers les âges, Denoël, 1984 (réédition Gallimard, « Tel », 1999)
  • Postérité, Grasset, 1988
  • L'empire du Bien, Les Belles Lettres, 1991 (réédition Les Belles Lettres, 1998, 2002 et 2006)
  • La gloire de Rubens, Grasset, 1991
  • On ferme, Les Belles Lettres, 1997
  • Rejet de greffe, Exorcismes spirituels - tome 1, Les Belles Lettres, 1997 (réédition Les Belles Lettres, 2002 et 2006)
  • Les mutins de Panurge, Exorcismes spirituels - tome 2, Les Belles Lettres, 1998 (réédition Les Belles Lettres, 2006)
  • Après l'Histoire, tome 1, Les Belles Lettres, 1999 (réédition Les Belles Lettres, 2002)
  • Après l'Histoire, tome 2, Les Belles Lettres, 2000 (réédition Les Belles Lettres, 2002)
  • Désaccord parfait, Gallimard, 2000
  • Chers Djihadistes…, Fayard - Mille et une Nuits, 2002
  • Exorcismes spirituels, tome 3, Les Belles Lettres, 2002
  • Minimum respect, Les Belles Lettres, 2003
  • Moderne contre moderne, Exorcismes spirituels - tome 4, Les Belles Lettres, 2005
  • Festivus, festivus, Fayard, 2005
  • Roues carrées, Fayard, 2006
  • Le Portatif, 1001 Nuits, 2006
  • Disque Minimum Respect (Poèmes mis en musique), Festivus, 2006