Littérature

Milan Kundera

Yannick rolandeau

A propos de l'oeuvre de Milan Kundera

Comment lisons-nous les romans ? Ceux du romancier Milan Kundera me semblaient assez explicites. Cependant, en ayant discuté avec des personnes qui avaient lu certains de ses romans, je fus frappé par le fait qu'elles avaient évacué purement et simplement toute la dimension critique, ironique, en un mot subversive, de l'oeuvre au profit de la simple histoire, l'historiette, voire de la vraisemblance ou de la non-vraisemblance de celle-ci! Je mettrai donc volontairement en valeur cette dimension critique inhérente à toute l'oeuvre du romancier (je ne m'étendrai pas sur sa vie, il veut et je soutiens cette opinion, se cacher derrière son oeuvre.) Je ne veux pas réduire, trahir, l'oeuvre de Milan Kundera mais en éclairer certains aspects qui sont apparus obscurs ou invisibles au cours de conversations.

1/ Le roman

Définition de Kundera lui-même: "Roman. La grande forme de la prose où l'auteur, à travers des ego expérimentaux (personnages), examine jusqu'au bout quelques thèmes de l'existence. (1) Le romancier est donc un découvreur qui, inlassablement, cherche dans la forme qu'il poursuit, à dévoiler les énigmes, les mystères, les ambiguïtés de l'âme humaine à travers des possibilités fictionnelles (existentielles). Il n'examine pas la réalité, mais l'existence. Il est à la recherche de l'énigme du moi (oui, à nous faire réfléchir, à nous faire comprendre et à nous faire considérer les autres et le monde avec plus d'humilité). Sa "philosophie" est celle du doute et de l'incertitude ("Le bonheur, c'est le doute" a dit un jour le photographe Henri Cartier Bresson). Kundera parle à cet égard de sagesse du roman, sagesse empreinte d'humour et d'ironie, deux éléments consubstantiels au roman. Arrêtons-nous sur ces deux mots.

Humour: simplement rire? Pas exactement. L'humour nous fait prendre conscience de l'insignifiance de tout. Imaginez un président de la République qui se lance dans un grand discours ou simplement un amoureux qui relate sa passion. Intervenez et faites de l'humour à propos de la situation. Il sera coupé net dans son élan, sera vexé ou se mettra en colère. Il vous sommera de rester sérieux. Il sait que ses belles paroles viennent d'être réduites à néant. Les grands ennemis de l'humour: politiciens, religieux, idéologues de tout bord, romantiques et sentimentaux. Ils connaissent la puissance ravageuse de l'humour et de son frère d'âme, le ridicule.

Ironie: par son trait irritant, il déshabille toute certitude de sa prétention à établir un acte ou une idée comme vrai ou naturel. On ne retient souvent que la méchanceté de l'ironie mais on oublie son caractère joyeusement démystificateur. "L'ironie irrite. Non pas qu'elle se moque ou qu'elle attaque mais parce qu'elle nous prive des certitudes en dévoilant le monde comme ambiguïté." (2)

En France, pays ancré à mon avis dans une trop grande tradition politico-sentimentale, l'humour ne sert qu'à faire rigoler et l'ironie est mal vue. Ici, on aime avoir des certitudes, se prendre au sérieux et se réfugier dans un camp (si vous refusez d'en choisir un, vous êtes lâche). Cela donne une image positive et noble de soi, paraît-il. Ecoutez les hommes politiques et leur partisans, ils ne cessent d'être persuadés et d'avoir des convictions ("Je suis convaincu que..."). Or, l'humour et l'ironie font fi de toutes ces prétentions. Qui a raison et qui a tort ? nous suggère simplement le roman. Que cela agace, je veux bien l'admettre. Mais si on y regarde par deux fois, on est bien obligé de constater que les choses ne sont pas aussi simples qu'elles le paraissent. Je ne peux être certain de rien. Oublier ceci, c'est tomber très vite dans l'intolérance puis de l'intolérance à l'aveuglement idéologique (de droite comme de gauche), de l'aveuglement idéologique au fanatisme sanguinaire et à la légitimation du meurtre collectif, processus qui a conduit les hommes aux pires horreurs.

Rappelez-vous : "L'humour: l'éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté morale et l'homme dans son incompétence à juger les autres ; l'humour: l'ivresse de la relativité des choses humaines; le plaisir étrange issu de la certitude qu'il n'y a pas de certitude." (3) *

A l'instar d'un de ses maîtres, Hermann Broch (Les Somnambules), Kundera conçoit le roman comme la forme suprême de la connaissance du monde. "Le roman n'est pas une confession de l'auteur, mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est devenu le monde" (4). Le roman (du moins le roman européen (5)) est capable d'embrasser et de concilier toutes les formes de la connaissance (la philosophie, la sociologie, la psychanalyse, l'histoire des idées...) et de la créativité artistique que l'homme a pu inventées (l'art lui-même et son histoire, donc, le roman aussi) et de les intégrer à sa forme propre sans cesse en élaboration et en mutation. Ce n'est pas un amoncellement (une compilation) de savoir mais une volonté d'élucider grâce à lui et le monde et l'homme. Il y a un sens à tout cela, un sens mêlé de plaisir et de jouissance intellectuelle et surtout, une morale. " Suspendre le jugement moral ce n'est pas l'immoralité du roman, c'est sa morale." (6) Le roman est au carrefour du corps et de l'esprit . Il est peut-être la forme hédonistique du savoir conjuguant inventivité et créativité, humour et méditation, ironie et imagination, connaissance et fantaisie. "Car le pouvoir de la culture réside là: il rachète l'horreur en la transsubstantiant en sagesse existentielle." (7) La géniale simplicité des romans de Milan Kundera en est d'ailleurs une douce et voluptueuse démonstration.

A l'inverse du roman, il y a la graphomanie. Dans "Le livre du rire et de l'oubli" (8), Kundera écrit: "La graphomanie n'est pas le désir d'écrire des lettres, des journaux intimes, des chroniques familiales (c'est-à-dire d'écrire pour soi ou pour ses proches), mais d'écrire des livres (donc d'avoir un public de lecteurs inconnus). " Milan Kundera rajoute, ce qui n'était pas inutile, dans "L'Art du Roman" (9):" N'est pas la manie de créer une forme mais d'imposer son moi aux autres. Version la plus grotesque de la volonté de puissance." Toujours dans "Le livre du rire et de l'oubli" (10), Milan Kundera développe son idée première: "La graphomanie (manie d'écrire des livres) prend fatalement les proportions d'une épidémie lorsque le développement de la société réalise trois conditions fondamentales: 

1) un niveau élevé de bien-être général, qui permet aux gens de se consacrer à une activité inutile;

2) un haut degré d'atomisation de la vie sociale et, par conséquent, d'isolement général des individus;

3) le manque radical de grands changements sociaux dans la vie interne de la nation (de ce point de vue, il me paraît symptomatique qu'en France où il ne se passe pratiquement rien le pourcentage d'écrivains soit vingt et une fois plus élevé qu'en Israël.). (...) Mais l'effet, par un choc en retour, se répercute sur la cause. L'isolement général engendre la graphomanie, et la graphomanie généralisée renforce et aggrave à son tour l'isolement. L'invention de la presse à imprimer a jadis permis aux hommes de se comprendre mutuellement. A l'ère de la graphomanie universelle, le fait d'écrire des livres prend un sens opposé: chacun s'entoure de ses propres mots comme d'un mur de miroirs qui ne laisse filtrer aucune voix du dehors."

Le romancier se cache donc derrière son oeuvre. Sa vie intime, personnelle, quotidienne n'a pas à être rendue publique, mentionnée à la une des journaux. Pourtant, les médias et les gloseurs ne cessent de parler des auteurs au détriment le plus souvent de leur oeuvre. On parle plus de Kafka que de Joseph K. dit en substance Kundera qui conclut que "le processus de la mort posthume de Kafka est amorcé." (11)

Pour cela, les auteurs qui ne pensent qu'à raconter leurs petites histoires personnelles et intimes sont en dehors de l'histoire du roman, n'ayant pour obsession que d'étaler leur moi et leur narcissisme. "Le souci de sa propre image, voilà l'incorrigible immaturité de l'homme." écrit Kundera dans son admirable roman "L'immortalité" (12). A cet égard, je suis souvent déçu sur Internet par le contenu des pages d'accueil que je visite régulièrement. Elles n'expriment malheureusement que leur narcissisme de leur auteur. L'exhibition de leur moi souverain (justement parce que leur page est illusoirement visible dans le monde entier, une nouvelle forme d'ubiquité en quelque sorte). La prépondérance qu'ils donnent à leur vie intime et quotidienne, à leurs hobbies au détriment de leur créativité, de leur individualité propre. Rarement des réflexions, des idées personnelles, souvent des textes sur leur inestimable personnalité avec photos à l'appui, sur leur admirable compagne, le génie de leur enfant, la tendresse de leur chien etc... Parfois, les deux dans un étrange fatras. Une forme moderne de graphomanie vient de naître.

 

2/ Le kitsch et l'oubli

"La sensibilité est indispensable à l'homme, mais elle devient redoutable dès le moment où elle se considère comme une valeur, comme un critère de la vérité, comme la justification d'un comportement. Les sentiments nationaux les plus nobles sont prêts à justifier les pires horreurs; et, la poitrine gonflée de sentiments lyriques, l'homme commet des bassesses au nom sacré de l'amour. La sensibilité qui remplace la pensée rationnelle devient le fondement même du non-entendement et de l'intolérance; elle devient, comme l'a dit Carl Gustav Jung, la "superstructure de la brutalité".(13) 

Il me semble que cette phrase met l'accent sur l'un des aspects majeurs de l'oeuvre du romancier, c'est-à-dire sa critique envers tout acte ou toute oeuvre empreints d'un subjectivisme extrême. Plus généralement, Milan Kundera n'a de cesse de critiquer ce qu'il appelle le kitsch.

Qu'est-ce que le kitsch? La question n'est pas innocente. Il ne s'agit pas seulement d'une chose de mauvais goût. Il y a aussi l'attitude kitsch, le comportement kitsch: "Le besoin du kitsch de l'homme-kitsch (Kitchmensch): c'est le besoin de se regarder dans le miroir du mensonge embellissant et de s'y reconnaître avec une satisfaction émue." (14) 

L'essence du kitsch: "Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde; au sens littéral comme au sens figuré: le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'existence humaine a d'essentiellement inacceptable. " (15) L'adversaire du kitsch est "l'homme qui interroge", l'homme qui doute de toutes les vérités même si nous avons tous en nous une composante kitsch. Le nier, ce serait méconnaître la nature humaine, ce que nous sommes nous-mêmes.

Les amis du kitsch: "Il y a là-dessus toutes sortes d'opinions, si bien qu'il y a toutes sortes de kitsch: le kitsch catholique, protestant, juif, communiste, fasciste, démocratique, féministe, européen, américain, national, international." (16)

Les romantiques ou les sentimentaux font partie de ce tableau, et l'on comprend peut-être mieux pourquoi Milan Kundera est un romancier antilyrique, antiromantique. Les romantiques ou les sentimentaux ne nous font pas comprendre le monde ou la réalité mais nous plongent dans leur état émotionnel, dans leur fatras affectif, sans aucune distance. Les romantiques ou les sentimentaux n'aiment pas l'humour et encore moins l'ironie. Ils ne sont jamais critiques (ironiques, humoristiques, lucides) mais lyriques. "Le lyrique est l'expression de la subjectivité qui se confesse; l'épique vient de la passion de s'emparer de l'objectivité du monde." (17). D'où "l'équation" qu'en tire Kundera: "Roman= poésie antilyrique." (18)Ils ne suggèrent pas, ils imposent. Ils imposent "la dictature du coeur" pour employer une expression de Kundera. Combien de fois ai-je pour ma part entendu "C'est le coeur qui parle !" Sous-entendu, le coeur a toujours raison, on ne peut pas s'élever contre la parole du coeur. Puisque c'est mon coeur qui parle, j'ai raison. Je détiens la vérité. Sentimensonges. Parole du coeur = volonté de puissance. Nous sommes là au coeur de ce que Kundera critique le plus. Cette sensibilité (qui remplace le pensée rationnelle, qui se considère comme un critère de la vérité) devient l'instrument de l'intolérance et de la barbarie. L'homme se donne toujours des "raisons lyriques" pour justifier ses crimes.

A l'inverse des romantiques (Kundera reprend d'ailleurs l'expression "mensonge romantique" utilisée par René Girard dans un de ses livres ("Mensonge romantique et vérité romanesque" ), le romancier ne fuit pas la réalité mais il n'est pas non plus soumis au vraisemblable. Il tente au contraire de mieux la saisir au travers de sa prose et au travers d'une forme subtile et complexe qui lui est propre et où se mêlent dans la plus grande liberté inimaginable jeu, critique, fantaisie, interrogations, humour, rigueur d'analyse...

 Sphère du kitsch: Le kitsch est à l'oeuvre dans le rewriting ("Interviews, entretiens, propos recueillis. Adaptations, transcriptions, cinématographiques, télévisées." (19), d'ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi Milan Kundera a laissé les droits de son roman "L'insoutenable légèreté de l'être" au cinéma qui ne cesse de piller la littérature plutôt que de bâtir ses propres histoires, oeuvres que seul le cinéma pourrait raconter) ou dans ce que Kundera appelle, la misomusie qui essaye de se venger de la subversion d'une oeuvre d'art "en l'assujettissant à un but situé au delà de l'esthétique" (20) par exemple, à un courant politique quelconque (la fameuse doctrine de l'art engagé) ou pour en faire "un exercice d'une méthode (psychanalytique, sémiologique, sociologique") (21). Tout les moyens sont bons pour réduire la portée (subversive, critique, ironique, humoristique) d'une oeuvre d'art.

Pour ma part, une des formes modernes du kitsch, dans ce siècle finissant, est la publicité avec tout son cortège d'imageries bêtes et naïves et d'idéologie invisible. J'y vois en sus une dégénérescence du romantisme. La grande secte du divertissement actuel est destinée à nous faire oublier ce que nous sommes (avec nos mystères et nos ambiguïtés) au profit de la frivolité grasse qu'est l'insignifiance. Je n'ai rien contre le divertissement. J'aime m'amuser. Mais il est devenu un état d'esprit planétaire et perpétuel. Et non un simple moment plus ou moins long. L'humanité devient de plus en plus jeune, immature, crédule, plongée dans l'incessant présent du divertissement. "L'infantocratie: l'idéal de l'enfance imposé à l'humanité. " (22). A l'heure où l'oeuvre d'art est réduite à une simple et vulgaire marchandise, copiée, reproduite à l'infini sur des cendriers et des tee-shirts, plaquée sur des publicités (au mépris de son auteur), ou au contraire célébrée pompeusement dans de grandes messes médiatiques où le public se presse avec hâte mais sans joie, à l'heure où le développement commercial, industriel, touristique et médiatique n'est que le seul idéal proposé, je ne peux que constater les dégâts grandissants du kitsch sur la vie de tous les jours et sur la vie elle-même.

Le kitsch est donc une force influente. "L'interprétation kitschifiante (...) c'est une séduction venue de l'inconscient collectif; une injonction du souffleur métaphysique; une exigence sociale permanente; une force. Cette force ne vise pas seulement l'art, elle vise avant tout la réalité même. Elle fait le contraire de ce que faisaient Flaubert, Janacek, Joyce, Hemingway. Sur l'instant présent, elle jette le voile des lieux communs afin que disparaisse le visage du réel. Pour que tu ne saches jamais ce que tu as vécu.(je souligne)" (23)

But inavoué du kitsch: l'oubli et la mort. "Avant d'être oublié, nous serons changés en kitsch. Le kitsch, c'est la station de correspondance entre l'être et l'oubli." (24) L'oubli dans la plus grande acception du mot possible. L'oubli de soi. L'oubli de la complexité et de l'ambiguïté de l'homme et du monde. L'oubli de la nature. L'oubli de la subversion d'une oeuvre d'art... Une transformation et une réduction de la complexité du monde en un kit prêt-à-penser afin que ce monde, que la réalité ne soit plus compréhensible. Un jour, peut-être, on prendra le kitsch pour le réel. La prise de conscience sera alors impossible.

"Le kitsch est un paravent qui dissimule la mort. " (25)Oui, la mort est au bout. Celui qui ne se soumet pas aux exigences du kitsch, celui qui ose se rebeller contre ces critères, risque une mort psychique et/ou physique. L'Histoire (avec un grand H) et son carnaval d'horreurs est révélatrice de cet état de fait. C'est là que la résistance de Kundera, et des romanciers avec lui, et des artistes et des intellectuels en général prend tout son sens (et c'est pour cela qu'on a les tant combattus). Vous me direz, il n'y a pas qu'eux et vous aurez raison. Mon propos ne concernait que cette "catégorie" de personnes, que Kundera, en fait, au début, mais il y en a d'autres, et heureusement.

Internet vient compléter et accentuer ce triste tableau. Si Internet semble plus intéressant que la télévision (au moins, on peut diriger ses centres de recherches, ceux-ci sont semblent-ils moins imposés), il accentue en revanche le détachement et le désintérêt de l'homme vis-à-vis de lui-même et du monde. Je rejoins sur ce point la mise en garde de Paul Virilio dans son dernier livre "Cybermonde ou la politique du pire" (Lire à propos d'Internet) . Bientôt, chacun risque d'être devant son ordinateur, isolé, inconscient du monde. 
Vous vous demandez maintenant, à juste titre, si Milan Kundera (où plutôt ce que j'en dis au travers de ce bref exposé) a tort ou a raison dans ce qu'il écrit. Je ne sais pas. Mais vous faites bien de vous poser cette question.  

© Yannick Rolandeau 1996

 

(1)"L'Art du roman" p 179, ed. Gallimard.

(2) Ibid, p 163.

(3) "Les Testaments Trahis", p 47, ed. Gallimard.

(4) "L'insoutenable légèreté de l'être", p , Ed. Folio.

(5) Milan Kundera précise dans "Les Testaments Trahis", p 42, ed. Gallimard, " romans crées en Europe par des Européens, mais: romans faisant partie de l'histoire qui a commencé à l'aube des Temps Modernes en Europe. Il y a bien sûr d'autres romans: le roman chinois, japonais , le roman de l'Antiquité grecque, mais ces romans-là ne sont reliés par aucune continuité d'évolution à l'entreprise historique née avec Rabelais et Cervantes."

(6) Ibid, p 18

(7) Ibid, p 273.

(8) "Le livre du rire et de l'oubli", p146, ed. Folio.

(9) "L'art du roman", p161, ed. Gallimard.

10) "Le livre du rire et de l'oubli", p 146, ed. Folio.

(11) L'art du roman", p 182, Ed. Gallimard.

(12) "L'immortalité", p260, ed. Gallimard.

(13) Introduction de "Jacques et son maître", p 9, Ed. Gallimard.

(14) "L'art du roman", p 164, ed. Gallimard.

(15) "L'Insoutenable légèreté de l'être" ,p 357, ed. Folio.

(16) Ibid, p 373.

(17) "L'Art du roman", p 169, ed. Gallimard.

(18)Ibid, p 179.

(19)Ibid, p 178. 

(20) Ibid, p 172.

(21) Ibid, p 172.

(22)Ibid, p 163.

(23) "Les Testaments trahis", p 174, ed. Gallimard.

(24) "L'insoutenable légèreté de l'être", p 406, ed. Folio.

(25) Ibid, p 367.

 

"Que l'homme perde sa faculté d'indifférence: il devient un assassin virtuel; qu'il transmette son idée en dieu : les conséquences en sont incalculables. On ne tue qu'au nom d'un dieu ou de ses contrefaçons... (...) Lorsqu'on se refuse à admettre le caractère interchangeable des idées, le sang coule... Regardez autour de vous : partout des larves qui prêchent ; chaque institution traduit une mission... (...) On se méfie des finauds, des fripons, des farceurs ; pourtant on ne saurait leur imputer aucune des grandes convulsions de l'histoire... L'humanité leur doit le peu de moments de prospérité qu'elle connut... Le fanatique, lui est incorruptible: si pour une idée, il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer par elle ; dans les deux cas, tyran ou martyr, c'est un monstre... les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyrs auxquels on n'a pas coupé la tête... Des boueux aux snobs, tous dépensent leur générosité criminelle, tous distribuent les recettes du bonheur, tous veulent diriger les pas de tous."

E. M Cioran  Précis de décomposition