Cinéma

Intouchables (2011)

Yannick Rolandeau

Intouchables est un film réalisé par Olivier Nakache et Éric Toledano. L'histoire est inspirée de la vie de Philippe Pozzo di Borgo (auteur du livre Le Second Souffle), tétraplégique depuis 1993, et de sa relation avec Abdel Yasmin Sellou, son aide à domicile, dont les rôles sont tenus respectivement par François Cluzet et Omar Sy. Le générique de fin indique que 5 % des bénéfices réalisés par le film sont reversés à une association pour les personnes paralysées : Simon de Cyrène, fondée par Laurent de Cherisey. Le film citoyen par excellence après le funeste Amélie Poulain aux couleurs ripolinées et chatoyantes.

Il s'agit du film le plus vu en France en 2011. Le film cumule actuellement plus de 18 millions d'entrées et il est le troisième film dans l'histoire du box office français, et deuxième film français, derrière Titanic de James Cameron sorti en 1997 et Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon sorti en 2008. Le 10 janvier 2012, Intouchables a battu un record en ayant été classé numéro 1 au box-office français pendant neuf semaines d'affilées depuis sa sortie, classement qu'il conservera jusqu'à sa dixième semaine.

Le film commence la nuit, sur le périphérique parisien. Driss au volant conduit la Maserati Quattroporte de Philippe à toute vitesse. Ils sont poursuivis par la police. « 100 euros que je les mets dans le vent » parie Driss à son passager. Pourtant, ils sont rattrapés : pour justifier ses excès de vitesse, Driss indique aux policiers que Philippe, handicapé et malade, doit être conduit aux urgences; Philippe simule un malaise pour berner les policiers, qui les escortent jusqu'à l’hôpital. Scène où l’on joue du victimisme pour enfreindre les règles de la circulation au point de risquer la vie des autres au passage. L’humanisme a ses limites (mais pas de vitesse). Tout le film va jouer de ce ressort au point qu’il semble avoir été conçu pour les minorités dites visibles (plutôt médiatiques) histoire de se racheter une bonne conscience : les handicapés, les noirs, et les lesbiennes, argument qui permet de neutraliser la moindre mauvaise critique sous peine d’être taxé d’un quelconque phobe. Le nouveau moralisme le plus répugnant se cachant derrière des idéaux sans tache.

La rencontre des deux hommes est racontée sous la forme d'un flashback. Philippe, riche tétraplégique, (handicapé à la suite d'un accident de parapente et ayant perdu son épouse, Alice, victime d'une terrible maladie), fait passer un entretien d’embauche pour recruter un aide de vie. Driss, qui figure parmi les candidats mais ne se faisant aucune illusion sur ses chances. Désinvolte, il drague Magalie (Audrey Fleurot), la secrétaire de Philippe et dérobe un œuf de Fabergé. Driss, de retour dans sa banlieue, évolue au milieu d’un appartement forcément surpeuplé d’enfants. Sa mère est excédée car il n’a pas donné signe de vie durant six mois, et lui ordonne de quitter les lieux (argument utile qui va permettre à Driss de rencontrer Philippe).

Driss revient à l'hôtel de Philippe pour chercher sa signature lui permettant d'attester de sa recherche d'emploi afin de toucher les Assedic. Il apprend qu'il est pris à l'essai. Après avoir découvert l'ampleur du handicap de Philippe, il prend connaissance de son appartement de fonction, qui lui offre un confort sans précédent. Dès lors, Driss, accompagne Philippe dans sa vie quotidienne, découvrant son mode de vie. Et là le bât blesse. Car Philippe est un amateur et collectionneur d'art moderne. Il aime l’opéra et la poésie. Il a tous les stigmates de l’élitisme puisqu’il est très riche. Des choses forcément vieillottes et ringardes face à la désinvolture et l’inculture de Driss.

Outre cela, Driss est un homme violent quand dans une scène étonnante (on rappellera qu’il a fait six mois de prison pour braquage de banque !), il se permet de prendre à parti un automobiliste qui s’est garé devant la sortie de l’hôtel particulier de Philippe. Il le sort de sa voiture, jette son téléphone portable par terre et le prenant violemment par le col de sa veste, le met devant le panneau d’interdiction de stationner avant de lui coller la tête dessus en lui disant : « T’imprime, t’imprime, et maintenant tu dégages ! » Il est approuvé évidemment par Philippe. Le problème est que la mise en scène cautionne cet acte. Si l'on sort l'argument qu'il s'est "racheté", on peut se demander quelle preuve nous en avons devant cet acte. En quelque sorte, le film a déjà "prémaché" cette excuse pour nous sans nous permettre de juger sur pièce surtout que le personnage est donné comme "sympathique" et que lui, n'a pas l'expérience d'avoir subi chaque jour l'impolitesse de cet automobiliste. De surcroît, si l'on prend l'excuse sociale, on se demande ce qu'on peut critiquer puisqu'on sortira la carte sociale à chaque fois. Sauf que l'on entre dans une contradiction vertigineuse. Les dominants comme on les appelle, qui ont le pouvoir alors qu'ils ont toute la richesse possible et le réseau d'influence, pourquoi sont-ils si cyniques alors qu'ils ont tout pour eux ? Va-t-on les excuser sous prétexte d'une défaillance affective ? S'ils ont le pouvoir justement, un statut social confortable et avantageux, à quoi sert-il ce statut s'ils se comportent d'une façon ignominieuse ?

Malgré le côté « humour » affiché en stabilo pour décourager toute critique négative (on se demande à quel point les cinéastes ironisent sur le titre du film), le personnage de Driss est une « discrimination » à lui tout seul. Non seulement, il est un fils ingrat, mais il est violent, et profondément inculte, voire méprisant envers toute culture qui n’est pas la sienne (sa culture d’ailleurs n’en est pas, faite de musique passe-partout, de publicités etc.). Il est ignare et ne se rattrape pas tellement par son caractère humain. C’est le coté étonnant du film que de pouvoir renverser tous ses défauts. Son propos est de faire passer ses aspects négatifs en positifs car il est de bon ton de mépriser la Culture avec un C, de faire le mariole ou la fantaisiste, de rire de tout et de rien mais derrière cette façade, outre que le film lui fait jouer le rôle du « singe amuseur » de la galerie, il le traite comme un moins que rien, fasciné par les voitures de sport, le luxe etc. bref envieux d’une situation qu’il n’a pas. Un film se vérifie non seulement par le propos tenu mais le traitement opéré. Ici, la mise en scène fait dans la frivolité, ce qui permet de désamorcer tout l’arrière-plan négatif. Si un spectateur met en valeur chacun de ses agissements, il peut faire valoir le côté « rigolo » ou « second degré », un côté « rigolo » et « second degré » exhibés, juste pour faire plier la salle en deux.Le plus important est de prendre un noir, d’en faire la caricature permettant de mettre en valeur un crétin notoire, d’un individu bien de son temps, qui peut ricaner de toute situation sociale, de la culture, bref la promotion de la bêtise.

Le choix d’un noir, évidemment d’un beau noir, bien bâti et faisant des ronds de jambe (en lieu et place du personnage original de l’aide de vie qui était Algérien, ces derniers comme on sait dansent moins bien et ont moins d’humour), indique bien les ravages de l’antiracisme, racisme inversé dans la société multiculturelle d’aujourd’hui, comme l’avait remarqué le philosophe Slavoj Zizek.

À l’égard de l’art, le film développe un tapis rouge de clichés. Comme Driss est surpris par les goûts de Philippe en matière d'art moderne, il se met lui-même à improviser un tableau abstrait (tachant au passage un tableau d'époque). Comme on sait, lui, si spontané, peut en faire autant car nous sommes dans l’idéologie où « l’art est expression de soi », dans la rue, à la portée du premier rappeur ou tagueur venu. C’est la promotion de la France d’en bas contre celle d’en haut et ses élites cultivées (qui ne le sont plus tellement d’ailleurs). On apprend plus tard que Philippe a réussi à soutirer de son tableau 11 000 euros en le faisant passer pour l’œuvre d’un peintre reconnu. Preuve que l’art contemporain est nul (ce qui est vrai somme toute mais il faut comme en toutes choses des arguments pour faire une réelle critique et non un inculte).

Quand Driss va à l’opéra de Wagner, il s’esclaffe en voyant un personnage déguisé en arbre, puis devant son rire fort bruyant, des spectateurs lui demandent de se taire, il dit : « Quoi chut ? » puis il perd sa bonne humeur car l’opéra est en allemand (!) et dure quatre heures ! Fin de la séquence qui, n’en doutons pas, fera rire malgré sa démagogie. Wagner est bien choisi car il symbolise toute la dégénérescence de la haute culture qui, se croyant si supérieure, a enfanté un compositeur antisémite. Si on inversait le propos et que l’on montrait Philippe se moquant de la même façon de la sous-culture de Driss (musique disco, rap et techno), on aurait le droit aux cris d’orfraie des bobos pour discrimination, élitisme patenté et mépris affiché. Mais de nos jours, relativisme culturel aidant, on peut ouvertement clamer sa haine de la Culture. Il s’agit de rabaisser toute distinction à la France d’en bas, comme si celle-ci avait forcément raison dans ses choix et ses goûts, snobisme à l’envers, et élitisme inversés, croyant conjurer toute domination mais s’inféodant dans un paradoxe non entrevu, au consumérisme des marchés et des décideurs qui ont fort bien compris qu’il fallait jouer d’un subjectivisme extrême, de la rébellion permise pour soutirer idéologiquement et financièrement de l’argent aux masses fanatisées. Marasme de la démocratie libérale qui se décompose comme les élections politiques le laissent entrevoir depuis des années. Cette industrie de l’éloge par le biais de la moquerie déculturée, résume bien que les soi-disant élites, à l’instar de Nicolas Sarkozy, sont déjà prêtes à abdiquer (Philippe, aristocrate et non bourgeois, ce qui n’est pas un hasard, approuve les agissements de Driss et n’est jamais en nette opposition aux pitreries de son aide mais se laisse mener par le bout du nez), permettant l’accession dans cette stratégie de prédation qui ne dit pas son nom, à quelques composantes à la société du spectacle (tel rappeur ou tel graffiteur devenant une star médiatique ou patron de quelques start up dans la nouvelle société qui est mise en place), poursuivant ainsi les échelles de la domination sous une autre forme. Driss (et même le vrai), à la fin, devient chef d’entreprise. Et ce parce que le nouveau pouvoir en place, le néo-capitalisme n'a plus besoin de hiérarchie culturelle et peut faire la promotion du relativisme comme marché. L'ancien président de la HALDE (Haute autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité), n'est-il pas le président de la branche internationale du MEDEF ? C'est-à-dire du patronat ? Cela devrait faire réfléchir.

À l’opposé d’un Karl Marx qui parlait de luttes de classes, donc de réalité, nous assistons à la compromission incestueuse de classes différentes sous le registre du nouveau programme de société « ouverte ». Pour Marx, la lutte ou la révolution devait être l’accession d’un autre mode de vie et non la copulation éhontée du lumpemprolétariat et des élites. Le terme de lumpemprolétariat veut dire sous-prolétariat, désignant une population située sous le prolétariat, du point de vue des conditions de travail et de vie. Le terme a été créé par Karl Marx et Friedrich Engels dans L'Idéologie allemande (1845). Au chapitre V de son livre Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), Karl Marx écrit que Louis-Napoléon avait formé une force d'intervention qui lui était dévouée (rebuts et laissés pour compte, vagabonds, soldats renvoyés de l'armée, échappés des caserne, escrocs, voleurs, saltimbanques, escamoteurs et pickpockets, joueurs, maquereaux, patrons de bordels, écrivassiers, chiffonniers, rémouleurs, rétameurs, mendiants) « en un mot toute cette masse errante, fluctuante et allant de ci-de là que les Français appellent "la bohème" ». Bref, actuellement, entre autres, les assistés des banlieues. Ce pourquoi Karl Marx défendait les travailleurs réellement exploités et non ce lumpemprolétariat prêt à collaborer avec lui. Le film illustre fort bien le ressentiment de cette masse inculte ou déculturée, fascinée par les objets de la classe dominante, ce qui permet la destruction de l’ancien monde ne correspondant plus à la stratégie actuelle. Le cinéaste Pier Paolo Pasolini l’avait fort bien écrit dans ses Écrits corsaires : « Le centralisme fasciste n’a jamais réussi à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation. Le fascisme proposait un modèle, réactionnaire et monumental, qui est toutefois resté lettre morte. Les différentes cultures particulières (paysanne, prolétaire, ouvrière) ont continué à se conformer à leurs propres modèles antiques : la répression se limitait à obtenir des paysans, des prolétaires ou des ouvriers leur adhésion verbale. Aujourd’hui, en revanche, l’adhésion aux modèles imposés par le Centre est totale et sans conditions. Les modèles culturels réels sont reniés. L’abjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la « tolérance » de l’idéologie hédoniste, défendue par le nouveau pouvoir, est la plus terrible des répressions de l’histoire humaine. »

Avant le mépris ouvertement affiché envers l’opéra, on a eu droit au mépris affiché de la poésie. Philippe, tétraplégique comme on sait, entretient une relation épistolaire avec une femme, Éléonore, résidant à Dunkerque, qu'il n'a jamais vue et à qui il envoie des poèmes En somme, il préfère en passer par la beauté du Verbe pour séduire. Il craint que sa correspondante se rende compte de son handicap. Ce mode opératoire n’est pas du tout du goût de Driss qui, décontracté et bien dans son corps (mais peu dans sa tête), prône le rapprochement physique intempestif. Il est près d’ailleurs à forniquer dans la seconde avec Magalie (sous prétexte de prendre un bain) puis à trois quand cette dernière, lesbienne (le film n’oublie pas la petite minorité féminine dans ce monde d’hommes victimisés) lui présente sa compagne. Il est open quoi ! Dans une scène éloquente, Driss prône la proximité machiste : « Ca me prend la tête votre trucs. Ca sert à quoi d’en passer par tout ce merdier ? Des sphinx, des pâquerettes, les anges. » Le seul « argument » est le physique (et notamment le poids de la femme que Philippe tente de convoiter et n’y aurait-il pas ici une discrimination envers les gros ?). En gros (justement), il se mêle de ce qui ne le regarde pas. Bien sûr, la « poésie » (de Guillaume Apollinaire) est d’emblée ridiculisée par l’intonation histoire de faire passer la scène car de telles relations de classe ne se déroulent pas ainsi, si décontractées. Driss est le stéréotype du jeune « décoincé », à l’aise, rigolo. Plus tard, avant la scène à l’opéra, il ajoute : « Elles passent six mois à lire vos poésie à la mord-moi le nœud là. Et elle kiffe. C’est une originale. C’est sûr. Peut très bien s’en foutre du fauteuil. Puis là-bas dans le nord, les mecs y cognent à force de boire. Avec vous, elle verra qu’elle ne risque rien. C’est pragmatique non ? Avec la photo, c’est un bon test. Si elle renvoie la sienne, ça veut dire qu’elle est d’accord pour aller plus loin. Après, vous pourrez envoyer une photo de vous avec le fauteuil, qu’on voit pas trop. Vous n’êtes pas obligé d’envoyer une photo de vous, genre téléthon, avec le filet de bave… » Outre son inculture, et un langage déplorable, Driss est macho quand juste avant le concert, il peut dire  : « Qu’est-ce qu’elles cherchent les femmes à votre avis ? Mon cul ! Elles cherchent l’oseille. La sécurité. » Il tentera vainement de séduire Magali en tentant de l’embrasser. Il dira aussi au petit ami d’Elisa (prototype du bobo masculin singeant le féminin par culpabilisation excessive) de se coiffer et de mettre une barrette !

Autre scène qui se moque ouvertement de la musique classique, celle où, lors de l'anniversaire de Philippe, un concert privé est donné dans son salon. Driss est incité par Philippe à écouter attentivement. On passe en revue Bach, Vivaldi et autres monstres sacrés. Driss s’ennuie, ronchonne, se moque de chaque air (avec un pétard, objet obligatoire dans la société jeuniste et décontractée) puis diffuse la musique qu'il apprécie (Boogie wonderland d’Earth Wind and Fire), l'anniversaire devenant une fête endiablée où comme tout bon noir, Driss, ayant le rythme dans la peau (autre cliché), il fait danser tout ce beau monde, comme quoi la musique classique était ennuyeuse et poussiéreuse.

Car Driss n’est pas seulement un pathétique bout en train, il est un moraliste en diable quand il recadre la fille de Philippe, Elisa (rôle totalement laissé de côté) qui se conduit comme une enfant forcément gâtée (n’oublions pas qu’elle a un père riche) et quand il « oblige » son ex-petit copain, collé au mur et main lui empoignant le col de sa veste, à se rabibocher avec Elisa et à venir lui apporter des croissants. Depuis quand un jeune homme n'a-t-il pas le droit de quitter sa petite amie ?

De l’autre, histoire de contrebalancer sa bêtise, Driss a une bonne âme. Il sauve son frère, Adama, d’un gang de sa cité. Pour quelqu’un qui a fait six mois de prison pour un braquage de banque, c’est assez comique. Il a remède à tout. Puis nous avons le droit à la séquence émotion quand Driss parle à Philippe de sa famille et lui dévoile ses blessures secrètes. Philippe finit par conseiller à Driss de chercher du travail ailleurs car il ne va pas rester à soigner les tétraplégiques toute sa vie. Philippe recherche un nouvel aide de vie mais aucun de ses employés successifs ne le satisfait. Comme c’est étonnant !

Riche de son expérience, Driss réussit un entretien d'embauche dans une société de transports. À la fin, Driss conduit Philippe à Dunkerque où l'attend un rendez-vous avec Éléonore dans un restaurant, une très belle jeune femme (évidemment). Driss laisse Philippe à son rendez-vous, ce dernier étant bouleversé et ému jusqu’aux larmes devant tant d’humanisme en regardant son ancien aide s'éloigner sur la plage. Sur une petite musique mièvre au piano, le film annonce que dans la réalité, Philippe vit au Maroc, s'est marié et a eu deux petites filles, que Driss (Abdel) s'est marié lui aussi, a eu trois enfants et est chef d’entreprise. Happy end avec en passant le parfait discours de l’entrepreneur postmoderne, du gars de la cité reconverti dans les affaires.

Le film s’appuie sur une histoire vraie nous dit-on pour avaliser pareil conte de fée qui, comme tout conte de fée, gomme les aspects négatifs pour dresser une imagerie kitsch et faussée de la réalité (rappelons-le le personnage de l'auxiliaire de vie était Algérien et non sénégalais dans le film). Il n’a de réel que ce l’on veut bien croire ou faire avaler au public. Ce qui induit magiquement au non-conflit de classe, (dont on sait ce qu’il en est dans la réalité vraie), à l’entraide humaniste, aux soins obsessionnels des minorités, aux dialogues entre différentes cultures. Conte de fée postmoderne et politiquement correct, réarrangé à la sauce du jour, et dont la stratégie de prédation est l’argent qu’il pourra engranger dans les tiroirs caisse, mission accomplie vu le nombre des entrées. L’énorme succès de ce film en dit long, sociologiquement parlant, sur ce que l’on tente de faire avaler au public français qui ne peut qu’applaudir de peur d’avoir mauvaise conscience, signe aussi de sa déculturation manifeste. Ce ravalement psychique indique bien que les millions de spectateurs qui ont apprécié cette bluette (pas tous fort heureusement) sont prêts à accéder à et à épouser la nouvelle société esclavagiste qu’on leur sert.


Yannick Rolandeau

L'amitié entre les peuples