Cinéma

Double vie (2015)

Yannick Rolandeau

 

 

 

 

THOMAS, un homme d’une trentaine d’années, vit avec sa femme SARAH dans une villa. Tout semble aller pour le mieux. Jusqu’au jour où THOMAS a un malaise en voulant récupérer un verre à cocktail qu’il a laissé tomber au fond de la piscine. Dès lors, le doute le prend. Il quitte brutalement sa femme et rompt avec son ancienne vie. Peu après, THOMAS fait la rencontre d’une autre femme, LAETITIA, et se marie. Le nouveau couple achète une villa avec une piscine. Il mène alors la même vie, une autre vie étrangement similaire à la première.

 

THOMAS est un homme marié à une belle femme. Il vit dans une villa. Il a tout ce qu’il peut désirer. Son existence est réussie. Cependant, un jour, après un malaise, THOMAS s’en va brutalement, ne supportant plus sa vie sans comprendre pourquoi. Pourtant, il recompose le même style de vie où tout se répète. Sans doute lui manque-t-il quelque chose.
Cette double vie n’est pas comme on l’entend généralement une vie adultère car Thomas n’a pas de maîtresse. Cette double vie est en réalité une même vie, une vie vécue deux fois. Mais qu’est-ce qui a enclenché la première rupture de THOMAS ?


C’est ce changement qui n’en est pas un qui est envisagé. Qu’est-ce qui était devenu insupportable à THOMAS dans cette belle vie et qui a provoqué la rupture pour la recommencer un peu plus tard ? Est-ce le côté réussi de cette vie, quasi parfaite, comme un accomplissement, une consécration où THOMAS ne manque de rien ? Comme si c’était justement ce rien qui était devenue invivable. C’est cette image idyllique et presque irréelle qui l’attire. Celle-ci provoque cet étrange malaise au point de partir pour la recréer juste après et recommencer l’infernal cycle d’une vie parfaite, réelle mais parfaitement irréelle à la fois.
Le malaise de THOMAS dans la piscine devient à ses yeux l'emblème de l'inconsistance du monde, de son monde intérieur, de son image mentale de sa propre vie, close sur elle-même.

En dépit du fait que sa vie « neuve » ressemble de si près à l'ancienne, THOMAS est convaincu que ce recommencement n'a pas été vain : cela valait la peine de couper les ponts et de débuter une nouvelle existence. Du point de vue de la « sagesse », la rupture ne vaut pas la peine ; en fin de compte, il se retrouve dans une position identique à celle qu’il voulait déserter. C'est pourquoi, au lieu de courir après l'impossible, THOMAS devrait apprendre à accepter le lot commun et à trouver du plaisir dans la banalité de la vie quotidienne. C’est pourtant cette fuite en avant, ce surplus, ce leurre fuyant qui a amené THOMAS à changer d'existence. Dans la « réalité », ce leurre n'est rien du tout, rien d'autre qu'une surface vide (après la rupture, la vie demeure inchangée), mais c'est ce leurre pourtant qui provoque cette rupture.


Le film joue sur la structure du double au sein du même, c’est-à-dire sur la répétition du même qui enclenche le malaise et la rupture et à la fois son implacable répétition. La fin doit se boucler sur le début dans cette répétition où le décor a à peine changé.


Double vie joue aussi d’un thème similaire (envisagé différemment) avec l’autre court-métrage Vie double, plus sombre et plus obscur.


Seule la musique de fin (un Prélude de Chostakovitch) introduit une « mélancolie » dans cette infernale répétition dont le personnage ne peut sortir, clonant la réalité à son image, englué est-il dans un monde mécanique et lisse.


La mise en scène devra retrouver une simplicité de ton en même temps qu’une certaine irréalité et transparence dans la quotidienneté, renforcée par le climat lisse et irréel d’une vie accomplie où rien ne manque (mais où manque quelque chose).


En adéquation avec l’univers mental du personnage, elle devra retraduire le trouble par son manque même. Précision et rigueur des cadrages, jeu sobre des comédiens, éclairage peu contrasté, lumière « scintillante » ou irisée, tout doit refléter la mise en abîme de la fiction (la représentation) imbriquée à la réalité.

Tout doit être à la fois vrai et faux, comme une réalité qui serait à la fois son image et elle-même sans qu’aucune distinction ne puisse s’opérer. Comme si le rêve avait absorbé la réalité et réciproquement. Tout doit traduire un univers concret et irréel, à l’image d’une eau calme, trop calme pour être paisible.

Yannick Rolandeau

 

 

 

 

 

Générique

Un film produit par Isa Productions

18 mn

Thomas
Yann Rollet

Sarah
Isabelle Cardineau

Laetitia
Laetitia Olcais

Le photographe
Yannick Rolandeau

 

Scénario
Yannick Rolandeau

Images
Boubacar Dembélé

Son
Marie Mallé

Perchmen

1ère assistante réalisateur
Sonia Tahallah

2ème assistant réalisateur
José Gaglione

Scripte
Maxime Varet

Chef maquilleuse
Anne Claire Levy

Montage
Maxime Varet

Lionel Dos Santos

Montage son et Mixage
Marie Mallé

Administration de production
Isabelle Bianchi

Directeur de production
Naomie Levasseur

Production
Julia Bouchet

image
5 D Mark III

 Musique

Sacha Martinetti "Erratique sensible"

Dimitri Chostakovitch Prélude N°22 interprété par Tatiana Nikolayevna