Cinéma

Cinématographe

Yannick Rolandeau

Le cinéma est souvent considéré de nos jours uniquement comme un divertissement par une majorité de gens. D'autres le considèrent comme un art à part entière. Ce fossé se creuse de plus en plus et la fascination qu'exerce les produits Hollywoodiens et leurs dérivés européens (Besson, Annaud entres autres) s'accentue. De l'autre, il y a la prétention auteuriste (Nouvelle Vague...) où le récit devient une structure narcissique ou égotiste qui ne raconte plus rien que la petite vie du réalisateur ou de la mode du moment (C. Honoré). Or, l'art a toujours été la vision personnelle et unique d'un créateur dans son appréhension du réel. Le cinéma, lui, "art" récent est né en pleine révolution industrielle et s'est donc retrouvé, dès sa création, parti prenante de cette industrie, assujetti à cette notion de rentabilité par la spécificité des moyens qu'il met en oeuvre. Il est vrai aussi qu'il est l'art qui produit un effet de réel tel qu'il semble difficile de s'écarter d'un certain réalisme. Pour toutes ces raisons et pour bien d'autres encore, il est devenu un art dit "populaire", voulant toucher le plus grand nombre de personnes possibles au détriment de la spécificité de son langage. Pourtant, de nombreux cinéastes ont su démontrer qu'il pouvait être un art à part entière comme la littérature ou la peinture. On n'est pas encore sorti de ce débat.

 

Il est donc bien clair pour ma part que le cinéma reste "handicapé" quant à son originalité propre. Les sommes énormes (sans oublier le salaire des "stars") engagés lors d'un tournage ne facilitent pas son plein épanouissement. C'est au spectateur de comprendre qu'il n'a pas grand chose à gagner en terme de rêves à voir se multiplier des films coulés dans le même moule hollywoodiens ou auteuristes. Et d'abord quel rêve ? Le rêve qui permet de nous échapper du réel, de le fuir ? C'est bien comme cela qu'on l'entend généralement. Mais est-ce bien un rêve ? Ou alors le véritable rêve serait-il de nous réconcilier avec le réel, puisque nous y vivons chaque jour, d'en découvrir les multiples aspects, les différentes facettes et ambiguités ?

Plaire au plus grand nombre recèle secrètement une volonté de puissance qui dépasse le simple pouvoir de l'argent. Qu'est-ce que le public ? Voilà une notion creuse même si elle regroupe des millions de personnes ! Le cinéma dit populaire m'a toujours laissé dubitatif car il veut imposer un code visuel compréhensif par tous, excluant de ce fait tous les autres. Cela s'appelle le conformisme, alors qu'une oeuvre se doit toujours d'être personnelle (existentielle) et en rapport avec le réel (cela ne veut pas dire que l'on doit faire réaliste). Sans quoi les plus grands artistes que nous connaissons n'auraient jamais existé. A leur époque, ils étaient rarement populaires ; au contraire, ils dérangeaient notre manière de percevoir le monde.  Et de l'autre, certains se sont atomisés en faisant dans l'incompréhensible (Godard), le nombrilisme ou en retraçan,t leur petite vie. Il va être difficile de sortir de ces deux écueils.

Actuellement, l'art n'a plus sa subversion d'antant. Le constat de Cornéluis Castoriadis dans "La montée de l'insignifiance" (Ed. du Seuil, p 19-20) n'est guère enthousiaste: "La culture contemporaine devient, de plus en plus, un mélange d'imposture "moderniste" et de muséisme. Il y a belle lurette que le "modernisme" est devenu une vieillerie, cultivée pour elle-même, et reposant souvent sur de simples plagiats qui ne sont admis que grâce au néo-analphabétisme du public (...). La culture passée n'est plus vivante dans une tradition, mais objet de savoir muséique et de curiosités mondaines et touristiques régulées par les modes." A la limite, cette situation a toujours existé et elle existera dans le futur. Il ne s'agit d'interdire nullement un système ou l'autre mais que ce qu'on appelle l'expression artistique puisse encore exister et qu'elle se prolonge. Gageons que la situation évolue et change rapidement à condition que les auteurs ou les producteurs fassent preuve d'une plus grande résistance.

 

Films préférés

Il y a en bien d'autres....

  • 2001, l'odyssée de l'espace, Barry Lyndon, Eyes Wide Shut, Les sentiers de la gloire....de Stanley Kubrick.
  • Et vogue le navire, La Dolce Vita, Casanova, Et vogue le navire... de Federico Fellini
  • Le silence, Sarabande... d'Ingmar Bergman
  • Pickpocket, Au hasard Balthazar, L'Argent de Robert Bresson
  • Mon oncle, Playtime de Jacques Tati
  • Citizen Kane et La soif du mal de Orson Welles
  • La chasse aux papillons d'Otar Iosseliani
  • Chinatown, Cul de sac, Tess, Le Locataire... de Roman Polanski
  • Baptême de René Feret
  • L'arbre aux sabots d'Ermanno Olmi (1979)
  • Before sunrise (1998) et Before sunset de Richard Linklater (2005)
  • Zelig, Comédie érotique d'une nuit d'été, Crimes et délits... de Woody Allen.
  • La nuit, Profession reporter... de Michel Angelo Antonioni.
  • Le salon de musique de Satyajit Ray.
  • Sexe, mensonge et vidéo de Steven Soderbergh.
  • Molière d'Ariane Mnouchkine.
  • Buffet froid, Beau-père, Trop belle pour toi de Bertrand Blier.
  • La ruée vers l'or, Les temps modernes et Charles Chaplin.
  • La ligne rouge de Terrence Malick
  • L'héritière, La rumeur de Williman Wyler (1961)
  • Zoo, The Baby of Macon...de Peter Greenaway
  • Courts métrages, Demences, Alice... de Jan Svankmajer
  • La Clepsydre, Journal intime d'un pécheur (1986), de Wojciech Has
  • Le fantôme de la liberté, Cet obscur objet du désir... de Luis Bunuel.
  • Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot.
  • Quatorze juillet de René Clair.